La majorité des commentateurs enhardis vont plus loin, pointant un système « fou » et « immoral ». Immoral : nous n’avons jamais aimé ce qualificatif qui laisse à penser que l’on pourrait réformer le système à coups de règles de bonne conduite ou de code déontologique. Mais il y a de quoi, en effet, être indigné. L’Etat « en faillite » demande aux Français de se serrer la ceinture ; en 48 heures, il déboutonne le pantalon pour venir au secours des banquiers. Les plans américains et européens sont susceptibles de mobiliser plusieurs milliards de dollars. Mais les dirigeants occidentaux refusent obstinément de débourser les 30 milliards d’euros pour résoudre… la faim dans le monde.
Il ne faut pas moquer les révoltés de la dernière heure : être de gauche, c’est d’abord être en colère. Que les rangs des enragés, dont nous sommes, grossissent devant le spectacle écœurant qui nous est aujourd’hui donné à voir, c’est plutôt bon signe. Aux militants politiques que nous sommes de démontrer que la mobilisation vaut mieux que la déploration. Que le capitalisme ne constitue en rien un horizon indépassable. Qu’un système fondé sur la seule recherche du profit à court terme, la rémunération maximale du capital aux dépens du salaire et le libre échange généralisé est non seulement injuste, mais aussi inefficace. Qu’il est urgent de changer.
C’est le paradoxe du moment. Le monde a besoin de la gauche. Et la gauche est aux abonnés absents. Comme la social démocratie européenne paraît dépassée, décalée, déphasée ! Comme tous ces modernes, thuriféraires de la « Troisième Voie », chantres de la modération, « nouveaux démocrates », paraissent vieux tout d’un coup ! Ceux qui rêvent à voix haute d’une synthèse féconde entre socialisme et libéralisme se font discrets, on les comprend. Ceux que nous avons appelé, il y a plusieurs années déjà, les « sociaux défaitistes », s’en tiennent à ce qu’ils savent faire : attendre.
En France, les plus plastiques d’entre eux durcissent le ton et changent de braquet, car ils ont compris qu’il se passait quelque chose. Ségolène Royal veut interdire les licenciements boursiers et François Hollande est à deux doigts de remettre en cause le pacte de stabilité budgétaire européen. En dépit de certaines réticences (voir le débat parlementaire sur le plan de sauvetage sarkozien), les esprits mûrissent. Hélas, les textes restent. Et la majorité des motions soumises au vote des militants le 6 novembre, écrites « avant la crise », brillent surtout par leur tiédeur et leur prudence. Du réformisme mou au moment où même la droite s’autoproclame radicale, cela fait désordre. D’où la proposition de Julien Dray : reporter le congrès pour pouvoir… réécrire les motions, à la lumière des changements récents ! L’appel du député de l’Essonne n’a pas été entendu. Et les militants devront se déterminer à partir de l’existant. Pour nous, il n’y a pas photo. La motion « pour un monde d’avance », emmenée par Benoît Hamon, mérite incontestablement leurs suffrages. Tout simplement parce qu’elle n’a pas attendu la crise…pour diagnostiquer la faillite du modèle libéral. Parce qu’elle plaide pour une gauche décomplexée, fière de ses valeurs, ferme sur les orientations, précise sur les propositions, claire sur la stratégie, elle est en phase avec le moment historique que nous vivons.
Bonjour mes chers camarades,